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La grèce : "il y a compromis et compromis"

Des deux alternatives : laisser la droite revenir au pouvoir, notamment en s'engageant dans une hypothétique voie d'opposition au gouvernement de Tsipras ou, au contraire, soutenir ce dernier dans la voie difficile d'un pouvoir privé de moyens garantissant une possibilité de progression vers les engagements pris, une minorité au sein de Syriza a choisi la première hypothèse. Au fond la situation en Grèce reflète les éternelles contradictions qui traversent les courants progressistes soumis aux difficultés de l'exercice du pouvoir au lendemain d'une victoire électorale arrachée grâce à l'union de forces populaires issue d'un mécontentement à l'égard des politiques de droite et social démocrate.

Le pouvoir politique lorsque le peuple l'octroie ne se rend pas, il faut le garder et ne point renoncer aux objectifs, à court et long terme qu'impose la situation. Encore faut-il dans le contexte donné ne pas se couper des appuis populaires, en être en permanence la fidèle expression en suscitant les réflexions, les propositions et les mobilisations populaires.

Les réactionnaires qui sont prompts à balayer la volonté des électeurs tout en leur faisant un procès d'antidémocratisme ou, selon le cas, celui d'un usage abusif des consultations électorales (ce que ne manquent pas d'invoquer les opposants à Tsipras démissionnaire et provoquant une consultation pour tenter d'obtenir une majorité qui lui soit favorable)

Le fait est que personne ne peut reprocher à un gouvernement contraint, sous la menace de se voir couper les vivres, de se dédire vis à vis du peuple qui l'a élu, de retourner vers lui avec un projet adapté à la nouvelle situation dans lequel il va intégrer probablement des mesures de nature à, comme vient de le déclarer Georges Katrougalos (voir article ci-dessous) à "neutraliser les mesures néo libérales..."

Ceux qui à gauche en redemandent plus (et en France il en sommeille quelques uns qui ne manqueraient pas en pareille circonstance de le faire) sont probablement prêts demain à crier au voleur et à freiner une éventuelle accélération des réformes devenues possible genre aujourd'hui je suis contre ce qui est pour et demain de serai pour ce qui est contre.

Et n'allez pas croire que je fais dans la psychologie.

Pour conclure on peut citer cet extraits de "La maladie infantile du communisme" (le gauchisme) et qui pourrait faire réfléchir sur le bien fondé de l'attitude de Tsipras face aux représentants de la grande bourgeoisie européenne et au delà ! Bien que cela fut écrit dans un contexte différent, la valeur de ces phrases demeure !

"Il y a compromis et compromis.

Il faut savoir analyser la situation et les conditions concrètes de chaque compromis ou de chaque variété de compromis.

Il faut apprendre à distinguer entre l'homme qui a donné aux bandits de l'argent et des armes pour diminuer le mal causé par ces bandits et faciliter leur capture et leur exécution, et l'homme qui donne aux bandits de l'argent et des armes afin de participer au partage de leur butin.

En politique, la chose est loin d'être toujours aussi facile que dans mon exemple d'une simplicité enfantine. Mais celui qui s'aviserait d'imaginer pour les ouvriers une recette offrant d'avance des solutions toutes prêtes pour toutes les circonstances de la vie, ou qui assurerait que dans la politique du prolétariat révolutionnaire il ne se rencontrera jamais de difficultés ni de situations embrouillées, celui-là ne serait qu'un charlatan."

http://marxiste.fr/lenine/lenine3.pdf

Georges Katrougalos « Nous pouvons neutraliser les mesures néolibérales de l’accord »

Grèce

Entretien réalisé par 
Thomas Lemahieu

Mercredi, 26 Août, 2015

L'Humanité

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George Panagakis / Pacific Press

Le ministre du Travail Georges Katrougalos détaille, pour l’Humanité, les marges de manœuvre qui demeurent pour le gouvernement Tsipras, même après le mémorandum extorqué par la troïka le 13 juillet. C’est pour les exploiter que, à ses yeux, la gauche grecque doit, avec Syriza, garder le pouvoir.

Athènes (Grèce), envoyé spécial. Après l’accord extorqué le 13 juillet à Bruxelles par les institutions, et que le gouvernement grec doit mettre en application, avez-vous encore les moyens de mener les politiques que vous entendez ?

Georges Katrougalos C’est tout l’enjeu de cette période. La situation est beaucoup plus compliquée qu’auparavant, cela ne fait pas de doute, car nous avons les nouvelles contraintes émanant du mémorandum. Mais il faut voir une chose : la formulation de l’accord offre encore des marges de négociation dans la phase d’application. J’estime dès lors que l’application de cet accord sera un champ de bataille, comme la négociation l’a été. Pour vous donner un exemple, j’ai dans mon portefeuille ministériel les grandes questions de droit du travail et de protection des travailleurs, et l’obligation qui nous est faite, c’est de légiférer pour établir en Grèce les « meilleures pratiques européennes ». Pour nous, les « meilleures pratiques européennes » sont celles du modèle social européen. Ce n’est pas révolutionnaire, mais il s’agit de s’appuyer sur le dialogue social, sur les négociations collectives, etc. Pour eux, au moins pour le Fonds monétaire international (FMI), « meilleures pratiques européennes », cela signifie la dernière vague de dérégulation, comme la loi Macron en France. Dans ces conditions, notre stratégie est de démontrer la dimension européenne de ce qui se joue aujourd’hui en Grèce. Nous demandons aujourd’hui que le Parlement européen soit saisi du suivi de la mise en œuvre du mémorandum. Dans mon domaine, j’ai demandé à la commission Emploi et Affaires sociales de surveiller les négociations sur le travail et sur les retraites.

Qu’attendez-vous de ce regard du Parlement européen ?

Georges Katrougalos Cela est intéressant à plusieurs titres : d’une part, assurer la transparence dans les discussions et, d’autre part, établir, comme je le pense, que la Grèce est bel et bien le laboratoire de l’avenir de l’Europe. Si les « meilleures pratiques européennes » en matière de travail sont celles qui imposent la dérégulation sociale, cela ne s’arrêtera pas à la Grèce… Après, ce sera le tour de la France, de l’Allemagne, etc. Pour réussir à neutraliser les mesures néolibérales qui existent dans le mémorandum, comme nous entendons le faire, cela dépend de deux facteurs : l’européanisation des négociations et le mouvement social en Grèce.

Vous parlez de neutraliser les mesures néolibérales de l’accord, mais ça n’était pas possible de le faire dans la négociation ?

Georges Katrougalos Nous avons sous-estimé la volonté des cercles néolibéraux extrêmes de l’Union européenne, ils étaient prêts à la destruction totale de l’économie grecque afin d’extorquer cet accord. Ou alors nous avons surestimé le degré de démocratie qui existe à l’échelle de l’Union européenne. Au niveau national, la démocratie a fonctionné. On a eu le référendum, on avait l’expression de la volonté populaire. Mais le premier ministre s’est trouvé devant un dilemme impossible, une alternative infernale. On risquait la destruction totale de l’économie réelle avec la fermeture des banques à durée illimitée. Cela a été un coup d’État financier. La Banque centrale européenne (BCE) a décidé de nous asphyxier en limitant l’accès aux liquidités pour les banques grecques, et ça, c’était une arme politique contre nous. Nous avons été obligés de signer cet accord. Maintenant, nous devons essayer de mener une politique de gauche. Cela ne sera pas facile, c’est sûr. Mais l’alternative, c’est de cesser de gouverner et de rendre le pouvoir aux partis de l’ancien système qui ont conduit la Grèce où elle est aujourd’hui. Et, à cet égard, il faut souligner qu’on n’a pas seulement le problème de nos relations avec les institutions européennes ; ici, en Grèce, on a également le problème de la démocratisation et de la rupture avec le pouvoir des oligarques. Pour moi, il n’est pas concevable de rendre le pouvoir aux partis politiques de cet ancien système, il faut essayer de mener une politique de gauche, même si c’est très difficile…

Quel programme entendez-vous défendre dans la campagne ?

Georges Katrougalos Nous voulons lutter contre l’oligarchie et la fraude fiscale. C’est à nous de le faire ! Ce ne sera pas facile car les services fiscaux sont en sous-effectifs. Mais il s’agit d’un point sur lequel nous sommes d’accord avec les institutions. Elles veulent également combattre la fraude fiscale. Pour nous, l’objectif est d’avoir une justice sociale dans la répartition de la charge fiscale…

Mais quand il s’agit de mesures de redistribution, à chaque fois, les institutions européennes biffent vos propositions…

Georges Katrougalos C’est vrai, ils ont toujours été très hostiles sur la justice sociale et la redistribution fiscale… L’exemple le plus éclatant, c’est quand nous avons proposé une taxe spéciale sur les citoyens ayant un revenu supérieur à 500 000 euros par an !

Avec ou malgré l’accord, l’économie grecque peut-elle se relever ?

Georges Katrougalos L’économie reste très fragile. On ne sait pas encore si on pourra neutraliser les nombreux éléments de récession que contient le mémorandum. Cela dépend aussi de l’obtention du financement promis de 35 milliards d’euros, et de notre capacité à appliquer les autres éléments de notre politique. C’est un grand enjeu : c’est loin d’être gagné, mais rien n’est perdu.

Dans la gauche européenne, qui a suivi avec une grande attention votre lutte contre l’austérité, il y a aujourd’hui une part de désarroi devant le mur auquel vous vous êtes heurtés. Quel message lui adressez-vous ?

Georges Katrougalos La solidarité est très importante. C’est très bien de mesurer que ce qui se passe en Grèce concerne toute l’Europe. Il ne faut pas être déçu, ou dans le désarroi. Nous restons fidèles à nos idéaux. Mais il faut aussi comprendre la complexité de la situation. Si nous remportons ces élections, comme je l’espère, on aura une deuxième chance, pour la Grèce et pour l’Europe.

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