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Nostalgie ou réalisme ?

Il n'est de pire salopard que celui qui entre dans un parti, joue le jeu de l'adhésion à ce qui fait la réputation de ce dernier dans les milieux populaires, critique en opposant confirmé, si ce parti n'est pas au pouvoir et du jour au lendemain se transforme lorsqu'il a reçu une investiture toujours faite de compromis, devient un défenseur de l'ordre établi qu'il a pu mettre en doute !

D'aucuns diront que notre langage est excessif et qu'il faut savoir s'adapter aux réalités ! Façon commode selon nous, de se coucher devant la difficulté à transformer véritablement ce monde - que l'on osait appeler autrefois "partis de la bourgeoisie", grande moyenne ou petite - qui s'épuise dans le conservatisme et n'a que le mot de réforme en bouche pour le défendre. Sauf qu'il y a réforme progressiste et réforme conservatrice !

A tel point que la caractéristique de notre dernière distribution de tract fut marquée par de nombreuses rencontres plutôt préoccupantes : "c'est fini je ne voterai plus ! " me dit une électrice de gauche qui comme tant de braves gens comme elle n'entre pas dans les nuances de cette gauche. Des personnes à qui il faut expliquer que l'on vote pour un programme, celui qui vous convient le mieux et qu'au deuxième tour on vote parfois plus, contre celui dont on ne veut plus ou dont on ne voudrait surtout pas.

Autre interpellation assez surprenante : "Alors pour qui il faut voter ?" Gentil de nous poser la question mais le militant du PCF que nous sommes ne peut répondre et doit se lancer dans une explication qui laisse sceptique sont interlocuteur. En effet lui dire qu'il faut rassembler tous ceux qui sont mécontents de la politique de Hollande, élaborer avec eux une plate forme commune et ensuite passer au choix du candidat capable de de porter un programme accepté par tous, ne semble pas pleinement le satisfaire. Et "Mélenchon à quoi il joue ?" nous dit-il. Ben nous lui répondons il propose d'être celui là, avant même que les objectifs soit acceptés par tous ceux qui à gauche condamnent la politique des Hollande, Valls, Macron et consort. " En ce qui me concerne je ne lui fait pas confiance car il a été socialiste" ajoute l'interlocuteur. Jugez de l'argument chers amis lecteurs !

Nous en venons devant pareille situation à regretter le temps où le Parti Communiste réalisait un score suffisant disposait d'un candidat respecté par tous et disposait d'un programme clair bien établi qui permettait d'argumenter sur les aspects économiques, sociaux et culturels. des besoins des françaises et des français.

Est ce de la nostalgie ou du réalisme ?

Si nous optons pour une position réaliste il apparaît clairement qu'il manque quelque chose à la France : un Parti Communiste, certes plus influent, mais pas nécessairement, il lui faut surtout un Parti Communiste qui revendique sa spécificité et la force de ses propositions...

La Nuit debout, « un mouvement qui a besoin de temps »

Entretien réalisé par Grégory Marin
Mardi, 12 Avril, 2016
L'Humanité

Le sociologue Geoffrey Pleyers, rattaché à l’université de Louvain (Belgique), analyse la Nuit debout à l’aune des mouvements du même type (Occupy Wall Street, Indignados...) qu’il a suivis.

Vous suivez la Nuit debout, place de la République, tous les soirs. Est-elle semblable à d’autres mouvements ?

Geoffrey Pleyers Oui, aux Indignés en Espagne, ou Occupy à Londres ou à Wall Street. Des mouvements organisés par des individus plus que par des organisations, syndicales ou de partis, même si certains en sont par ailleurs membres mais ne l’affichent pas. C’est spontané, mais en même temps organisé : quelques personnes ont préparé cette occupation.

Pourquoi émerge-t-il maintenant ?

Geoffrey Pleyers Toutes les conditions étaient réunies pour que surgisse un mouvement de type Indignés en France. La loi travail est un terreau idéal pour que tous les citoyens progressistes, de gauche mais ne se retrouvant pas dans la politique du gouvernement, se mettent en marche. À cela s’ajoute le fait que cette famille politique-là se retrouve sans alternative, par les divisions de la gauche de la gauche… De plus, les difficultés de la jeunesse française sont un élément qui pèse. C’est très présent dans leur bouche, comme en Espagne, dans les réseaux Jeunes sans avenir, par exemple. « On veut nous enlever notre futur », disent les jeunes Français à leur tour. Quand on voit que même France Stratégie, rattaché au cabinet du premier ministre, a sorti un rapport le 31 mars qui explique que 23,3 % des Français entre 18 et 24 ans sont au chômage et 23,4 % vivent dans la pauvreté, on imagine bien que tout est réuni pour que la situation explose. Et quand la seule fausse alternative qui se dessine, c’est le Front national… Ces jeunes de la place de la République ne peuvent évidemment pas se tourner vers cette formation politique. Au passage, ça fait du bien d’entendre un autre discours, place de la République, sur les migrants, la sécurité, l’austérité, etc., que celui de l’extrême droite.

Ce mouvement est-il porteur d’une alternative ?

Geoffrey Pleyers Oui, mais ce qui me surprend, c’est cet empressement des analystes à vouloir lui faire dire quelque chose. On parle de « slow movement », de mouvement qui a besoin de temps. Il faut arrêter de penser que la politique se fait à la vitesse du tweet. Ce qui se passe aux Nuits debout n’est pas intéressant pour ce que ça va donner, mais pour ce qui se passe maintenant. Il ne faut pas faire l’amalgame entre les Indignés et Podemos, par exemple, parce que ce n’est qu’une des nombreuses alternatives qui ont surgi du mouvement des Indignés. Il faut arrêter de lire ces mouvements sociaux à l’aune de la politique institutionnelle. On voudrait les enfermer dans le calendrier de l’élection présidentielle, eux disent « la politique ça ne se passe pas uniquement là-haut ».

Le journaliste et documentariste (Merci patron !) François Ruffin dit aussi qu’il ne faut pas que le mouvement et les syndicats « se tournent le dos ».

Geoffrey Pleyers Il y a une mise à distance qu’on retrouve dans la plupart des mouvements récents, de Gezi Park en Turquie à Occupy Wall Street. Mais il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. Car, sans les syndicats, le mouvement de mai 2012 à Moscou, par exemple, n’aurait pas eu lieu, puisque ce sont eux qui ont négocié l’autorisation de manifester. Et quelques jours après le premier mouvement Occupy Wall Street, lorsqu’ils ont failli se faire déloger, ce sont les syndicats qui sont descendus dans la rue les défendre, même s’ils ne campaient pas avec eux. Ils ne sont jamais bien loin…

Geoffrey Pleyers est Président du comité de recherche « Mouvements sociaux » de l’Association internationale de sociologie

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