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De quoi s'inquiéter !

Racisme, xénophobie, refus des différences, recherche du bouc émissaire, ne cessent de prendre corps parmi la population. A peine contenues haine et violence se développent dans les esprits. De quoi s'inquiéter ! Et le Front !National qui en fait son commerce n'est pas le seul responsable.

Aucune couche sociale n'est épargnée par ce phénomène qu'entretiennent les partis politiques les plus influents : ceux qui au pouvoir n'osent s'attaquer de manière frontale à la pauvreté qui se développe (de ce point de vue la responsabilité du PS est grande, lourde de conséquences) ceux qui depuis des décades, à droite se sont inscrits dans des politiques libérales, mettant l'état sous tutelle des marchés financiers en prenant appui sur l'Europe qui n'a de cesse que de les servir, de s'inscrire dans une mondialisation où règne la loi du capital et donc du profit.

Cette politique libérale, généralisée, est destructrice dans nos propres frontières, car basée sur une consommation anarchique, complétement dominée par la création de besoins inessentiels au détriment de la santé, du logement, de la protection sociale, de l'éducation et de la culture. Ce qui accélère les abandons de secteurs industriels déjà largement bradés pour cause de profits insuffisants que seule peut faire renaitre la recherche d'une force de travail moins chère, plus docile.

D'où l'exploitation accrue de cette force de travail à l'échelle mondiale, dans des pays écrasés par le colonialisme ou soumis à des retards de développement historiques qui les rendent vulnérables. Hier la chemise était fabriqué à Roubaix, puis en Italie, puis au Maroc puis en Chine, puis en Inde, maintenant en Éthiopie. Idem par exemple pour la fabrication de la chaussure ou de l'automobile connaissant le même sort. Déjà l'avion, le train ou encore les armes sont soumis aux mêmes règles.

Qu'est ce qui détermine cela si ce n'est le prix de cette marchandise qu'est la force de travail qu'elle intègre, qui a la qualité de pouvoir produire plus qu'il n'est nécessaire à sa propre reproduction. Cette loi subsiste quels que soient les aménagements que l'on veuille apporter au système sauf à rendre aux hommes et aux femmes qui la vendent le droit de décider de l'usage de la richesse qu'ils produisent ainsi et qui actuellement est manipulée par une classe extrêmement minoritaire : 1 % possède la moitié de cette richesse.

Restons dans cette logique actuelle et ce ne sont pas, ce qui est trop, des milliers d'émigrants au fond de la mer, des centaines de milliers de civils ou de soldats s'entretuant, des millions, voire des milliards d'affamés et de pauvres qui seront seulement victimes, ce sera nous avec notre égoïsme et notre incompréhension, nos accusations réciproques ou de notre propre culpabilisation.

Quand je dis nous, je parle de l'humanité en général sachant pertinemment que cette humanité est soumise à des forces internes, réactionnaires ou de progrès, qui se heurtent, se combattent parfois durement et qu'il n'est pas évident d'aller de l'avant, que les reculs et les retours en arrière peuvent être et sont possibles malgré le développement de ces forces productives dont notre espèce est l'élément déterminant.

Tout simplement parce que le passage de l'exploitation à la coopération ne se fait pas autant que devrait le permettre la socialisation du travail s'accompagnant de la socialisation des appareils de production à une échelle planétaire suffisante, pour que disparaissent précisément les antagonismes résultat de l'instrumentalisation des différences d'origine, de religion, de culture et de conditions de vie.

Jean Ziegler s'insurge et manifeste sa colère dans l'article qui suit. Au stade ou en sont les comportements de certains hommes politiques au pouvoir dans le monde et en France, cette accusation forte se justifie.

ARTICLE PARU DANS L'HUMA

« L’Union européenne commet un crime contre l’humanité »

Par Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif des droits de l'homme des Nations Unies.

Propos recueillis par Vadim Kamenka

Vendredi, 24 Avril, 2015

Humanité Dimanche

Par Jean Ziegler.
Pour le sociologue et auteur du livre « retournez les fusils! choisir son camp », c’est la notion même de « droit d’asile » que l’Europe est en train de détruire. il plaide pour un retour de la mission « mare nostrum », un changement radical de politique.

L’Union européenne refuse d’appliquer le droit d’asile. Cette politique relève du crime contre l’humanité. Les Nations unies, dans leur convention sur les réfugiés de 1952, ont créé un droit de l’homme nouveau: le droit à l’asile. Ce droit est universel. Tout être humain persécuté dans son pays d’origine pour des raisons ethniques, religieuses ou politiques a le droit de chercher accueil et protection dans un autre pays. Les 28 membres de l’Union européenne ont tous, sans exception, signée cette convention.

Pourtant, Frontex, l’organisation militaire, semi-clandestine, de protection de la forteresse Europe, assume une politique qui viole de manière flagrante le droit international et la convention sur les réfugiés. Au lieu d’organiser l’accueil et la sécurité des persécutés, Frontex met en œuvre un appareil de contraintes qui les empêche d’atteindre la forteresse, et donc d’y déposer une demande d’asile. Empêcher quelqu’un de remettre une demande d’asile est une violation de la convention. Toutefois, il faut être précis.

Chaque État reste souverain et possède le droit d’étudier cette demande pour déterminer si elle est justifiée ou non. Cela lui confère le droit de la rejeter. Mais ce qui est totalement inadmissible, c’est d’empêcher les réfugiés d’atteindre le pays d’accueil, donc de faire valoir ce droit d’asile. Les guerres en Libye, Syrie, Afghanistan, Irak et la misère extrême qui règne dans de nombreux pays au sud du Sahara poussent des dizaines de milliers de personnes, dans le désespoir le plus total, à trouver refuge en Europe.

Qu’une partie des habitants de la planète doivent encourir de tels dangers confirme que nous vivons sous un ordre cannibale du monde, totalement absurde. On assiste à une extrême concentration des richesses entre les mains de quelques-uns. Le rapport OXFAM de 2014 indique que 1 % de la population mondiale détient autant de valeurs patrimoniales que les 99 % restants. En même temps, la pyramide de martyrs dans les pays du Sud ne cesse de croître.

Le droit international et la plus élémentaire humanité exigent un changement radical de cette politique hypocrite et inhumaine de l’Europe. Il faut revenir au système mis en place et maintenu par le gouvernement italien jusqu’en novembre 2014 (opération « Marée Nostrum ») et mettre en œuvre, avec l’appui de toute l’Union européenne, une opération de sauvetage dans les eaux internationales en Méditerranée et Atlantique Sud. L’opération « Triton », qui a remplacé « Marée Nostrum », autorise le secours dans les seules eaux territoriales et refuse d’intervenir dans les eaux internationales, là où 99 % des naufrages ont pourtant lieu.

L’établissement d’une organisation qui donne la priorité au sauvetage en mer ne dispensera pas l’Union européenne de mener partout dans le monde un combat impitoyable contre les cartels du crime organisé. Cartels du crime organisé dont font partie ces fameux passeurs, qui gagnent des millions d’euros sur le désespoir, la misère et l’angoisse des persécutés. L’honneur de l’Europe est à ce prix. L’opinion publique européenne doit imposer aux tristes bureaucrates de Bruxelles un changement radical de leur politique et du refus d’asile dont sont victimes des dizaines de milliers de personnes chaque année.

Combien de tragédies et de milliers de morts nous faudra-t-il supporter ? Car leur seul tort est de vouloir faire appliquer un droit humain fondamental. Il est intolérable que cela continue! Comme il est intolérable que, toutes les 5 secondes, un enfant de moins de 10 ans meure de faim, ou de ses suites immédiates. Près d’un milliard de personnes sont en permanence gravement sous-alimentées alors que l’agriculture mondiale pourrait nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains (presque le double de l’humanité). Il faut abattre cet ordre cannibale du monde qui écrase la planète.

propos recueillis par vadim kamenka (1) « Retournez les fusils! Choisir son camp », de Jean Ziegler, aux éditions du Seuil.

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